Paradis perdus – Hommage à Jean Leloup du Cirque du Soleil : une grandiose folie!
- Jean-Sébastien Bourré

- 17 juil.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 juil.

Il y a de ces mariages que l’on croit improbables, et pourtant, celui entre les univers de Jean Leloup et du Cirque du Soleil est extraordinaire!
Le spectacle hommage à Jean Leloup du Cirque du Soleil est définitivement un incontournable de l’été 2026. Dans ce spectacle présenté jusqu’à la mi-août à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières, notre culture et notre identité québécoises sont brillamment mis en valeur par des choix judicieux de chansons du répertoire de Jean Leloup.
Ainsi, difficile de ne pas danser sur son siège – et de chanter quand on connaît les paroles! – tant on est constamment éblouis par ce que nous offre ce spectacle bien équilibré entre une certaine normalité et la folie. Ces deux traits de la personnalité colorée de Jean Leloup sont interprétés par deux personnages distincts : un guitariste plus sérieux (Le Roi Ponpon), qui entre en scène avec un chapeau noir et un manteau de poils, un habillement classique du célèbre chanteur; et l’autre, l’enfant-fou, plus clownesque et particulièrement expressif. Tous les numéros s’enchaînent avec fluidité et ils sont tantôt touchants, tantôt drôles, mais toujours surprenants, nous aspirant dans un univers qui nous fait oublier de regarder l’heure. Nous voilà perdus au paradis!
On retrouve une fois de plus cette touche unique qui appartient au Cirque du Soleil : repousser les limites de la créativité avec des numéros que l’on a, en quelque sorte, déjà vus. Pensons, par exemple, aux acrobaties aériennes ou aux sauts par-dessus des cubes. Quand on assiste à plusieurs spectacles de cirque chaque année, on les a nécessairement tous vus; or, il est impressionnant de constater de quelle façon, dans ce cas-ci, les acrobaties sont réinventées et intimement liées au répertoire de Jean Leloup. L’interprétation des acrobates est aussi singulière, dans ce spectacle hommage, nous démontrant une belle profondeur et une grande sensibilité. Voilà qui donne une autre perspective au cirque, qui a habituellement pour fonction d’amuser et d’impressionner; cette fois, le Cirque du Soleil fait vibrer le public en plongeant dans un univers qui, à prime abord, ne lui appartient pas. Un véritable tour de force de la metteuse en scène, Marie-Ève Milot, et de toute l’équipe, composée des artisans sur la scène et derrière celle-ci.
Nous voyons aussi là un filon bien exploité entre le Cirque du Soleil et Jean Leloup, lui qui incarne un art sans compromis, entre humanisme et rock, avec sa guitare, symbole d’une liberté créatrice toujours en mouvement.
Des talents bien exploités
Geneviève Lizotte, scénographe, a conçu un décor grandiose sur scène : les herbes d’une forêt enrobent son contour, donnant l’impression d’une bouche géante pouvant nous aspirer ou ne faire qu’une bouchée de nous, avec, en profondeur, un arc sur lequel se trouve un mystérieux bonhomme sourire… Les herbes dites surréalistes par la production sont composées de matières gonflables dans un monochrome de vert. C’est par cette forêt hallucinée que les spectateurs font leur entrée dans les paradis perdus.
Nicolas Boivin-Gravel, concepteur des performances acrobatiques, Gabrielle Boudreau, chorégraphe danse, et Catherine Girard, chorégraphe acrobatique, ont travaillé de main de maître pendant plus de deux cents heures pour nous offrir différents numéros à couper le souffle, exécutés par de solides artistes de cirque.
Jean-Phi Goncalves, directeur musical et responsable des arrangements, a conçu l’univers musical de la soirée, ne puisant pas uniquement dans les grands succès de Jean Leloup, mais dans tout son répertoire. C’est bien la voix de Jean Leloup que l’on entend, tout au long du spectacle, provenant d’un montage fait entre des extraits de chansons, des onomatopées, des cris et des divagations de celui-ci. Un grand travail de bénédictin!
Philippe Massé (concepteur des costumes), Maryse Gosselin (conceptrice maquillages) et Alain Jenkins (concepteur des accessoires) nous en mettent plein la vue et complètent ce portrait d’ensemble avec beaucoup d’originalité et de couleurs.
Les aspects visuels du spectacle ont été pensés pour être écoresponsables. Ce ne sont pas moins de 23 700 kilogrammes de matériaux qui ont été utilisés pour fabriquer les décors, les costumes et les accessoires. Après analyse, comme le rapporte l’équipe de production dans le dossier de presse, celle-ci est en mesure d’affirmer que pas moins de 96 % des matériaux s’inscrivent dans une logique d’économie circulaire, dont 70 % sont issus du réemploi, puis transformés et adaptés avec soin aux besoins de cet univers grandiose et unique. Suivant cette logique, les différents matériaux seront amenés à vivre de nouvelles histoires après la fin de ce spectacle, qui ne partira malheureusement pas en tournée aux quatre coins du Québec.
Des numéros extraordinaires
Que l’on admire ou non Jean Leloup et son vaste répertoire musical importe peu : voilà une occasion en or de le découvrir ou de le redécouvrir. Ce spectacle est grandiose, rempli de folie, drôle et très touchant. Le spectacle est enlevant tellement il est réglé au quart de tour, dynamique et rythmé.
Parmi les numéros qui nous ont le plus marqués, il y a, entre autres, ce jongleur à trois bras. Si, au début du numéro, on croit que quelqu’un d’autre se trouve derrière lui, on a tôt fait de réaliser qu’il porte un faux-bras et que l’épaule gauche disloquée permet à la main gauche de jongler avec l’autre main, tandis que le faux-bras tient une balle qui ne doit pas tomber.
Il y aussi ce funambule qui grimpe les échelons de son échelle sur une corde à moitié tendue… Il y est parvenu en deux essais, mais entre nous, pourrions-nous faire mieux ? Être témoin de ce travail en direct nous rappelle que le talent et l’agilité passent par la concentration et le travail bien fait.
Et marcher à l’envers, au plafond de la scène, entre deux balançoires? Pourquoi pas!
Crédits photos: Marie-Andrée Lemire et Audrey-Anne Saumier.
Contrairement à d’autres spectacles du Cirque du Soleil, il est intéressant de voir des artisans devant la scène ou sur les côtés, à découvert, pour assurer les contre-poids de numéros aériens. Particulièrement dans le numéro de rubans aériens, sur la chanson « La chambre », qui nous vaut une descente vers le sol sur les paroles « Chaque fois que je tomberai ». Les artistes n’ont pas droit à l’erreur, puisqu’ils ne sont, la plupart du temps, pas attachés, nous faisant vivre une panoplie d’émotions entre la surprise, la stupéfaction et l’émerveillement.
Le Cirque du Soleil hommage à Jean Leloup nous offre une soirée festive qui vaut assurément le déplacement.
Franchement, le seul bémol de ce spectacle est qu’il ne dure pas assez longtemps. Nous en aurions pris plus! À voir le visage de Jean Leloup, à la toute fin, qui a rejoint la troupe sur la scène sous les applaudissements d’un public conquis (et debout pour une ovation debout), je suis convaincu qu’il aurait lui aussi aimé en voir davantage. Voir son œuvre prendre vie autrement doit être source de fierté et d’autant d’émerveillement.
La bonne nouvelle? C’est si vous avez déjà fait l’achat de vos billets.
La mauvaise? Toutes les représentations, même les trois supplémentaires, affichent complet pour l’été… Restez à l’affût des réseaux sociaux, peut-être que des gens qui ne pourront plus y aller vendront leurs billets.
Ce qu’ils en ont pensé
Jérôme Charlebois
« J’ai adoré le show du Cirque du Soleil! Évidemment, pour un musicien comme moi, avant tout, c’était le remixage des chansons qui était vraiment intéressant. Les structures, les échos dans les voix, des chansons qu’on connaît beaucoup à la base, mais qu’on n’a jamais eu l’occasion d’entendre comme ça. Moi, j’ai porté très attention à ça. Il y a aussi l’ensemble de l’œuvre : les costumes, les maquillages, les couleurs, le décor… J’ai beaucoup aimé le jongleur, j’ai trouvé ça super original. Celui qui marche sur un fil et qui joue de la guitare; la guitare était toujours présente, j’ai beaucoup aimé ça. Je le conseille vraiment aux fans de Leloup. J’ai grandi avec sa musique et j’ai aimé le choix des chansons. L’ensemble m’a plu, on a reconnu son univers un peu psychédélique et un peu éclaté. Je trouvais que ça lui ressemblait bien aussi! »
Jean Leloup
« Quand j’avais 8 ans, un jour où on roulait en famille dans le sud de la France avec la nouvelle tente caravane achetée en Espagne par mon père et ma mère qui voulaient voir le monde entier et avaient décidé de commencer par visiter quasi toute l’Europe durant l’été, on a vu soudain au bord de la route un cirque ambulant, un de ces cirques en plein air qu’on ne voit plus aujourd’hui, avec des vieilles roulottes décorées peinturlurées, des gradins de bois multicolores, autour d’une piste de terre battue avec un grand poteau au centre, ou un couple vêtu d’or, d’azur, de rouge corail, en collants argentés faisait des acrobaties. On s’est arrêtés. La femme était une panthère, elle pouvait marcher sur un fil, faire des saltos arrière et retomber sur les épaules du monsieur et ensuite se tenir debout en faisant des pointes en se tenant sur la main du monsieur... Le monsieur était un géant aux muscles d’acier, qui pouvait faire tout ce que personne ne peut faire, comme se tenir sur une main. Je me suis dit que c’était le but suprême de toute existence humaine, être tellement en forme et souple quasi surhumain, qu’on est capable de vivre en se promenant librement, sans patron sans horaire, et vivre en faisant des tours incroyables devant des gens émerveillés et stupéfaits... Je n’ai pas changé d’idée. Alors pour moi, penser que des acrobates semblables au couple sacré que j’avais vu dans le sud de la France feront des tours sur mes chansons, c’est le bout du bout. » (citation provenant du dossier de presse)




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